Brève histoire de l’Académie, 1940 - 1974

Si l'Académie - conformément à ce qu'il avait souhaité dès le début - reposait sur un groupe de personnalités éminentes et liées d'amitié profonde, elle ne pouvait subsister comme république culturelle qu'avec un maître d'oeuvre. Les défauts de structure évoqués ci-dessus et qu'Aldo Mieli n'avait pas su suffisamment prévoir et conjurer, ne peuvent faire oublier ce qu'il donna, avec continuité et acharnement, pour que l'oeuvre existe.
Il poursuivit la tâche durant le conflit mondial. Etabli en Argentine dès 1940, Mieli s'attacha à faire survivre la publication académique que constituait sa revue Archeion, et par correspondance il s'efforça de maintenir des liens. A la fin des hostilités, son état de santé ne lui permit pas cependant de regagner l'Europe et c'est au président de l'Académie, Arnold Reymond, qu'incomba entièrement la charge de reconstruire. Son appartenance à un pays neutre le servit certainement, mais moins que le fait du commun idéal qui animait la majorité des survivants. Ceux-ci célébrèrent leurs retrouvailles à Lausanne, en octobre 1947, dans le cadre d'un Cinquième Congrès international d'histoire des sciences, et, un mois plus tard, le premier numéro des Archives Internationales d'Histoire des Sciences - Nouvelle série d'Archeion signifiait la renaissance de l'Académie.
L'organisation de la collaboration internationale dans tous les domaines de la culture venait cependant d'être lancée dans un mouvement de grande envergure avec la fondation de l'UNESCO et c'est dans le même Congrès de Lausanne que s'était tenue la première assemblée d'une institution nouvelle : l'Union internationale d'histoire des sciences, destinée à grouper des comités nationaux reconnus par leurs Etats respectifs, et elle-même membre d'un organisme général, l'ICSU. Cette Union internationale réalisait en fait ce que le Comité international d'histoire des sciences d'avant la guerre avait essayé de constituer en marge de l'Académie : des entités juridiques, distinctes des individus et rationnellement administrées.
Les assemblées de Lausanne tinrent cependant à marquer un attachement au passé. Durant quelques années l'Académie, dont la croissance et la responsabilité à l'égard de la nouvelle publication des Archives Internationales d'Histoire des Sciences augmentaient le besoin de ressources régulières, trouva dans les subventions de l'UNESCO le support de son existence. Mais à la fin de 1954, la mort de Pierre Sergescu, ancien recteur de l'Ecole polytechnique de Bucarest, qui était en même temps deuxième secrétaire perpétuel de l'Académie et secrétaire général de l'Union, ne permit plus d'éluder les difficultés que la conjugaison des pouvoirs entre les mains d'un même homme avait voilées. Devenu réfugié politique en 1950, Pierre Sergescu avait certes été aidé dans son admirable activité par le fait de sa double fonction, mais on ignorait combien il avait engagé dans l'oeuvre ses propres ressources et biens personnels. Il laissait après lui une situation qu'il était impossible de prolonger. Dans la mesure même où l'Union internationale était seule à disposer d'un financement régulier, il était inévitable que s'effectue à la nouvelle organisation le transfert d'un certain nombre d'activités placées jusque-là sous le nom et sous le patronage de l'Académie.
Ce transfert fut progressif. L'autorité scientifique du troisième secrétaire perpétuel, Alexandre Koyré, et la présence d'un certain nombre de membres éminents de la première génération, empêchèrent que ce transfert prenne l'allure d'une coupure. Le secrétaire général de l'Union - devenue d'ailleurs Division d'histoire des sciences de l'Union internationale d'histoire et de philosophie des sciences - continua à seconder pour l'administration le secrétaire perpétuel de l'Académie, avec le titre de secrétaire adjoint, et l'Académie fut maintenue quelque temps dans une situation privilégiée parmi les sociétés de personnes susceptibles d'être reconnues par l'ICSU. Elle était reconnue comme Conseil scientifique de la Division d'histoire des sciences de l'UIHPS et son budget était pris en charge par cet organisme. Mais cette situation privilégiée rencontra bientôt des difficultés. A la veille du Treizième Congrès international d'histoire des sciences à Moscou, en 1971, la liquidation du passé était consommée et l'Académie avait cessé de pouvoir compter sur d'autres ressources que les dons de ses membres et l'industrie de son bureau.
Les jeunes historiens des sciences ne se doutent pas du genre de problèmes auxquels leurs aînés ont eu à faire face. Dans l'euphorie de la victoire du « monde libre », l'UNESCO avait proposé de rechercher « dans quelle mesure les différentes écoles philosophiques et les diverses églises peuvent arriver à un accord quant aux principes généraux, conformes à l'état actuel des sciences, sur lesquels il serait possible de fonder un monde spirituellement uni ». C'était là une intention de noblesse certaine, mais qui méconnaissait trop les réalités. Et l'Académie internationale d'histoire des sciences a rendu un très grand service à la science en refusant, dans cette conjoncture, d'inscrire la philosophie à son fronton, en maintenant l'idéal de ses membres sur l'approfondissement des méthodes de travail de l'histoire et l'analyse critique des faits.
Lorsque le transfert à l'Union internationale des responsabilités afférentes aux publications et à l'organisation des congrès et colloques fut réalisé, c'est grâce à l'Académie que ce transfert n'entraînait plus aucun des risques que les initiatives de l'UNESCO avaient méconnus à l'origine. Quant à l'Académie elle-même, son orientation plus nette vers le groupement des individus sur le plan professionnel apparaissait davantage comme utile, à l'appui de l'organisation internationale administrative.
Le nom de l'Académie et sa tradition assuraient la qualité des motifs susceptibles d'intervenir dans le maintien de son existence : honorer les travaux de plus en plus nombreux qui s'effectuaient à travers le monde selon des exigences désormais reconnues, encourager ce mouvement et étendre l'esprit de corps sans pour autant tomber dans ses travers.
C'est au Dixième Congrès à Ithaca (États-Unis), en 1962, que le phénomène d'extension atteignit un niveau important, l'Assemblée de l'Académie acceptant de porter à 100 le nombre des membres effectifs et à 150 le nombre des membres correspondants. Et c'est dans le même temps que l'Académie cessa d'être reconnue statutairement comme Conseil scientifique de la Division d'histoire des sciences de l'UIHPS. Le rapprochement de ces faits est significatif. La nécessité de l'extension faisait au fond sentir combien il devenait difficile de prétendre à la représentativité juste et rigoureuse de la compétence dans un domaine de plus en plus complexe et de faire coïncider suffisamment la tendance vers un groupement professionnel avec les exigences restrictives de l'autorité scientifique.
Lorsque le professeur A.P. Youschkevitch fut élu président, au Onzième Congrès à Varsovie-Cracovie (1965), et que fut choisi le cinquième secrétaire perpétuel, on put croire qu'une certaine distance, a priori favorable, par rapport au passé, était prise. Les nouveaux dirigeants, dans la mesure même où ils n'avaient pas suivi l'évolution de l'Académie de l'intérieur, estimèrent possible de restituer à l'institution qu'ils prenaient en charge des initiatives capables de manifester son existence. Ils fondèrent des prix, à savoir une médaille (médaille Alexandre Koyré) destinée à honorer l'ouvrage le plus représentatif des travaux publiés dans l'intervalle entre deux Assemblées triennales, et un prix des jeunes historiens décerné sur concours. Ils s'efforcèrent de rendre à l'Académie une participation particulière à la publication des Archives Internationales. Mais toute initiative suppose des dépenses et il était inévitable que les subventions que l'Académie continuait à percevoir de la Division d'histoire des sciences de l'UIHPS finissent par apparaître comme susceptibles de rétablir des confusions laborieusement combattues. Toute subvention supprimée, à partir de 1969, la distinction entre l'Académie et l'organisation internationale officielle devenait complète et imposait un effort d'invention.
Cet effort fut entrepris avant même que l'Assemblée de Moscou, en 1971, consacre la distinction susdite, telle qu'elle était entrée dans les faits. Sur la requête du secrétaire perpétuel, le professeur Fernand Braudel accepta d'assurer sur les fonds de l'Ecole pratique des hautes études, VIe Section, dont il était président, le traitement d'une secrétaire à mi-temps au service de l'Académie et de la rédaction des Archives. Puis, tandis que l'éditeur parisien de cette revue dénonçait brutalement son contrat, fin 1970, en raison d'un déficit de gestion considérable, le professeur Willy Hartner parvint à obtenir de la bienveillance d'un de ses amis une subvention privée très importante.
Par un curieux retour des choses, c'est grâce à cette subvention que l'Académie fut en mesure d'assurer la totalité du règlement financier qu'exigeait la liquidation de la situation des Archives et que la Division d'histoire des sciences de l'UIHPS se déclarait hors d'état de prendre en charge. C'est pourquoi toute discussion relative à la propriété du titre de la revue internationale se trouva écartée, et, en même temps que l'Académie commençait sa nouvelle existence, radicalement indépendante, elle reçut à Moscou la reconnaissance que les Archives Internationales pouvaient renaître, sous ses seules direction et responsabilité, comme organe officiel de son activité.
Depuis 1971, et en raison de l'impossibilité de tenir au Quatorzième Congrès à Tokyo, en 1974, une Assemblée digne de ce nom, l'Académie a été dirigée par le même bureau présidé par le professeur Willy Hartner.
Au terme de son mandat exceptionnel de six années, ce bureau peut légitimement se montrer satisfait de l'action qu'une continuité a rendue possible. La publication des Archives Internationales, effectivement reprise en juin 1974 chez Franz Steiner Verlag à Wiesbaden, relève de normes de qualité qui permettent de mesurer aisément le chemin parcouru en un quart de siècle. La Collection des Travaux de l'Académie - Nouvelle série correspond, avec ses neuf volumes parus, à ce que l'on est en droit d'attendre d'une telle réalisation : la mise à jour de documents originaux inédits et la réactivation de sources importantes en fonction de découvertes érudites récentes. Divers colloques internationaux ont été efficacement aidés.
Si l'Académie a bénéficié durant trois ans d'une subvention du gouvernement français, elle n'a pu cependant mener son action que grâce au maintien de la générosité privée déjà évoquée plus haut. Et l'appel à une cotisation bénévole de la part de ses membres - accepté par l'Assemblée de 1971 - ne produit pas de quoi assurer normalement les frais de secrétariat. C'est dire que, si une voie est tracée, l'avenir reste incertain.
Rançon de la liberté et de l'indépendance, cette incertitude est d'ailleurs fondamentale. D'un pays à l'autre, le nom d'Académie ne recouvre pas les mêmes conceptions, ni les mêmes structures. D'un pays à l'autre, la notion de groupement professionnel n'a pas le même contenu et le sens du terme de syndicalisme varie assez pour décourager à l'avance toute application simpliste au cas des historiens des sciences. D'un individu à l'autre varie aussi l'accent qu'il met sur l'idée d'un corps de notabilités ou sur le désir d'une société d'amis compétents. Mais au bout de cinquante années, au cours desquelles l'Académie a connu tant d'oscillations, quelque chose paraît acquis : le bienfait d'un lien entre personnes humaines, au-dessus des structures légales et des différences nationales, au-dessus des écoles et des divergences philosophiques. Même si ce lien est parfois ténu et si la cooptation, qui le perpétue, rencontre avec l'extension du groupe plus de difficultés qu'autrefois pour être mise en oeuvre correctement.
L'avenir reste incertain, certes, et il peut comporter de nouvelles périodes de dénuement. Du moins semble-t-il évident que l'Académie est capable de les traverser, comme en hibernation, parce qu'elle a approfondi le sens de son existence et qu'elle est sûre de voir ce sens rejaillir à chaque poussée nouvelle de la vie.

Pierre COSTABEL

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